Le tellurisme de Michel Haillard

Michel Haillard a une vocation artistique puissante qu’il porte en lui ; il en fait la preuve éclatante avec ses meubles oniriques et ses parures qui transforment certains éléments de notre quotidien : commodes, sièges, tables, consoles et fauteuils, en véritables abstractions sculpturales, et en même temps utilitaires. Finalement tout devient sculpture chez lui, ou tend à le devenir.

Ses meubles, parures et objets sont autant de cris de la forme et une mise en avant de la matière, des matières ; ces créations sont faites pour hanter notre imagination, tout comme les immeubles de Gaudi ou les sculptures de Gonzalez et de Gargallo, elles ont le pouvoir de nous séduire et de s’inscrire dans la zone des totems et tabous ; elles parlent un langage  étrange, celui de la préhistoire actuelle et contemporaine, retrouvée dans le présent. Cette « veine puissante » selon la belle expression de Baudelaire, agit sur nous ; elle fait irruption dans notre œil et notre esprit.
Michel Haillard cherche et trouve l’âme de chaque matériau et apprend la langue qui lui est propre et surtout qui lui convient. Accoupler la lumière et la matière, accoupler la lumière aux forces souterraines offertes par la nature ; l’artiste s’y attelle chaque jour dans son antre alchimique, son atelier, son athanor où se côtoient sur les murs, les étagères surchargées, les tables et même le sol : cornes, bronzes, peaux, cornaline, argent, verre, cristal, os, ivoire, crin…

La victoire est au bout de ce lent combat, de cette constante recherche, de cette joie perceptible dans chaque création. Finalement ni le bois, ni la corne, ni l’os, ni la peau ou le bronze ne sont pesants ; matériaux à la fois présents et absents, qui ne cachent ni les meubles, ni les parures, mais au contraire les ornent, les complètent et les anoblissent. Humbles, ils s’imposent en douceur pour nourrir les rêves du créateur et stimuler ceux de l’amateur- collectionneur. Les créations de Michel Haillard sont uniques et tellement personnelles, marquées au sceau du grand talent et grâce à une barbarie apprivoisée, inscrites à jamais sur notre rétine et dans notre cœur.

 Michel Bohbot
Expert en Art Contemporain
Historien de l’Art

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