Au départ rien ne me prédestinait à faire ce que je fais aujourd’hui ni même à découvrir le Brésil.

Du graphisme au dessin animé

Mon parcours est un peu particulier. J’ai eu une formation de graphiste publicitaire, et je me suis aperçu que ce qui me passionnait était… le dessin humoristique. La caricature qui pointe ce que tout le monde ne voit pas ou ne veut pas voir !

Mon intérêt est de porter un regard différent sur les choses avec espièglerie… J’ai commencé à faire bouger mes dessins, leur donner vie ! Tout cela s’est structuré avec le temps, les opportunités, les rencontres … L’idée maîtresse était de créer des mondes parallèles non sans rapport avec le nôtre. Un effet miroir déformé. En fait, l’essentiel a toujours été de s’amuser ! Résultat : J’ai été réalisateur et scénariste d’une série de dessins animés, intitulée Sharky & Georges. Il y a eu 104 épisodes de 13mn qui ont été diffusés par plus de 64 chaînes de TV dans le monde.

 

Du dessin animé à la création de mobilier

Puis, un jour en rentrant chez moi, dans le terrain vague d’à côté, j’ai fait une rencontre surprenante. Elle était bien abîmée mais digne ! Comme une vieille aristocrate déchue… une carcasse de fauteuil. Un trône abandonné. J’ai décidé de lui redonner du panache mais à ma manière : je me suis senti Frankenstein !

Depuis des années, mon atelier regorgeait déjà d’objets les plus divers et incongrus, chinés aux puces et dans les brocantes. Chiner est ma passion de toujours. Il m’a été alors facile de rassembler les éléments : la carcasse de ce vieux fauteuil avec des ornements de bronze, des boules de cristal, ou encore, des cornes. Mon premier trône « Tribale Poursuite » était né. Assembler les objets, c’est quoi ? C’est raconter une histoire avec des phrases dont les mots seraient les matériaux.

La grande aventure Maison & Objets

Un jour, un ami qui travaillait avec moi sur une production de dessin animé me dit : « Je fabrique avec ma femme des pendules en bois découpé. Viens exposer avec moi sur un nouveau salon. » J’étais terrifié. Je l’ai quand même fait ! C’était en 1994. Ce salon était celui qui allait s‘appeler « Maison & Objets » un peu plus tard.

J’ai donc exposé mes créations à la manière d’un stand de brocante. Très peu préoccupé par la scénographie, l’idée était d’en montrer le plus possible. Et là surprise ! J’ai vendu tout le mobilier dès ce premier salon. C’était franchement une surprise car mon but profond était de faire un gag, provoquer un sourire, pas de gagner ma vie avec ça ! Surtout que j’étais complètement autodidacte en la matière ! Ce salon m’a permis de m’ouvrir au monde et de rencontrer ceux qui sont encore mes clients aujourd’hui : Philippe Starck, Carlo Rampazzi, Guy Laliberté, Taittinger etc.

Travailler de ses mains, libre entre la France et le Brésil

Si j’ai la chance d’être toujours là aujourd’hui, c’est peut être parce que je n’ai jamais alourdi ma structure. Après 25 ans, je travaille toujours de mes mains sur la majorité de la fabrication de mes pièces dans mon atelier parisien. C’est le gage de ma liberté.

Aujourd’hui, je vis une nouvelle histoire d’amour, j’ai rencontré un nouveau monde ! Le Brésil. Ce pays possède sa manière toute particulière de gérer son identité. Cette identité est faite d’assemblages d’une telle diversité économique sociale et culturelle ! Je suis loin de prétendre avoir tout compris après 2 ans de séjours au Brésil. Mon cœur me murmure que j’ai une place dans ce coin du monde, un chemin à y suivre et qu’il va être riche…

A l’origine

Toutes les civilisations ont un tronc commun qu’il faut trouver en revenant aux origines. Pour moi, le Brésil s’impose de façon évidente et naturelle : cette terre immense est le symbole de la mixité nourrie de multiples histoires de peuples. En soit, ce pays ressemble à l’histoire de l’humanité. Cette terre d’assemblages hétérogènes nous amène à poser la question : Qu’a-t-on de commun ? Qu’est-ce qui relie les hommes et plus généralement les êtres vivants ? La puissance tellurique et magique du Brésil nous permet de croire que l’on peut répondre à cette question.

 

Recyclage, assemblage et nouvelle vie

Mon travail est fait d’assemblages, pour ne pas dire de réconciliations, du recyclage de matériaux les plus divers, d’origines les plus disparates. Chaque pièce est la résultante de confrontations et d’affinités. Utiliser des matières animales est une manière de rendre hommage à la nature en général et à la vie en particulier.

J’utilise majoritairement des matériaux qui ont été extraits de leurs origines, extirpés de la nature, des trophées habituellement arborés à la gloire de la suprématie de l’homme sur l’animal, pour les détourner, les replacer dans un contexte rédempteur, une œuvre favorisant leur retour à la lumière, une nouvelle existence, leur redonner une nouvelle dignité.

Ces assemblages se construisent par des affinités non seulement plastiques, mais aussi et surtout énergétiques. Dans chacune de mes pièces, une nouvelle forme de vie apparaît par magie, portée par la puissance et la mémoire de chaque matériau, un peu à la manière de nos lointains ancêtres qui bénéficiaient des vertus de l’animal dont ils portaient les attributs.

La dignité, c’est le sentiment que je recherche avant tout à exprimer dans mon travail. La fierté d’exister de ces puissants matériaux détournés de leurs origines qui s’ouvrent vers une nouvelle existence, prêts à accueillir en leur sein ceux qui seront disposés à rentrer dans leur univers, à jouer le jeu. Car tout cela est un jeu, un jeu de pouvoir et de puissance, un jeu de questions et de réponses ; Comment nous, êtres humains, nous situons-nous dans la nature ?

Jeu, humour et cœur

S’asseoir sur un de mes trônes, c’est déjà commencer à se poser la question, pas simplement avec son esprit, mais aussi avec son corps, avec ses émotions ; c’est sentir, à travers l’espace et le temps, la communauté avec le sauvage, le primaire, le premier, avec ce qui existait avant que nous décidions comment le monde devait se plier à notre volonté, à notre vérité. Mon travail est un appel à la réconciliation, une tentative de modification des comportements non pas par le raisonnement mais par le jeu, l’humour et le cœur.